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Le Mercredi 15 Janvier 2020 - Par AFP

Sahel: le sommet de Pau a resserré les rangs, mais sans solution miracle


Paris - Le sommet lundi à Pau de cinq pays sahéliens avec le président français Emmanuel Macron a permis de resserrer les rangs face à un rapport de force militaire difficile, sans accoucher pour autant de réponses concrètes au blocage politique.


"Il y a eu un petit peu de neuf et beaucoup d'ancien", résume pour l'AFP Jean-Hervé Jézéquel, directeur du projet Sahel à l'International Crisis Group (ICG).

"La nouveauté, c'est la reconnaissance que la situation n'est pas bonne et que la stratégie suivie jusqu'à présent ne fonctionne pas bien", ajoute-t-il. "Ils avaient du mal jusqu'à présent à reconnaître qu'ils n'avaient pas de bons résultats".

Sur le plan militaire, le sommet affirme vouloir se recentrer sur la "zone des trois frontières" entre Mali, Niger et Burkina Faso. "C'est là qu'il y a eu les attaques les plus atroces", a souligné le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré.

"Les trois frontières, ça fait six ans que c'est déjà la priorité de Barkhane", la force antijihadiste française au Sahel, tempère Jean-Hervé Jézéquel.

Niagale Bagayoko, présidente de l'African Security Secteur Network (ASSN), salue de son côté la création du commandement conjoint de la coalition, ainsi que l'évocation de l'Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) dans le renforcement des capacités militaires des Etats.

"La France a pris en compte le besoin de réinscription de son intervention dans un cadre davantage africain", estime-t-elle.

Mais peu de détails ont été fournis sur le rôle des 220 soldats supplémentaires annoncés par la France. Le président Macron a simplement évoqué une "attitude d'engagement beaucoup plus forte".

Les assauts jihadistes se sont intensifiés ces derniers mois, infligeant de lourdes pertes aux armées africaines et provoquant la mort de treize soldats français fin novembre.

Une situation qui a poussé les protagonistes, France en tête, à faire état d'un "tournant" de la guerre, sans pour autant, jusqu'à lundi, pointer du doigt d'ennemi numéro un au sein d'une nébuleuse de groupes armés.

Le groupe Etat islamique au grand Sahara (EIGS) est cette fois désigné comme la priorité. "Cela permet à la France de sortir de son discours désincarné de lutte contre le terrorisme sans visage", souligne Niagale Bagayoko.

"En terme d'affichage, on a là un adversaire vraiment repoussoir", confirme Jean-Hervé Jézéquel. "Cela correspond effectivement à une dynamique qu'on observe sur le terrain".

"L'objectif politique, c'est la consolidation, le retour de l'État partout", a déclaré Emmanuel Macron, le jugeant "indispensable et complémentaire de l'objectif militaire".

De fait, les groupes jihadistes se nourrissent de l'incapacité des Etats africains à administrer des zones marginalisées.

"Ce qui manque, c'est tout ce qui sort du paradigme du militaire et du renseignement: les canaux politiques pour répondre aux revendications locales, le retour de la stabilité, la sécurité, la justice", estime Katherine Zimmerman, analyste à l'American Enterprise Institute de Washington.

"La solution est politique et non militaire, elle viendra des Africains et non de l'Élysée", renchérit Marc-Antoine Pérouse de Montclos, de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), qui souligne la responsabilité des Etats dans les exactions de leurs forces armées, qui font le jeu des jihadistes.

"On continue d'avoir un discours unilatéral sur les aspects sales de la guerre côté jihadistes, mais pas du tout des atrocités commises par les forces gouvernementales".

Faut-il négocier avec les groupes jihadistes, qui jouent sur les visées autonomistes de certains peuples du Sahel et des problématiques anciennes, nationales comme locales ?

"Le dialogue n'est pas une solution magique, mais c'est dommage qu'il n'y ait eu aucun mot prononcé là-dessus", regrette Jean-Hervé Jézéquel.

La question reste posée au Mali d'un dialogue avec les principaux chefs jihadistes, le chef de guerre touareg Iyad Ag Ghali et le chef peul de la Katiba Macina (centre du pays), Amadou Koufa.

Mais les réticences sont vives. "Et plus on a des attaques contre les forces armées, plus on a des massacres, plus il est compliqué pour des Etats d'admettre devant l'opinion publique qu'il faut discuter", constate le responsable de l'ICG.


Topics : Sahel



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