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Le Vendredi 22 Novembre 2019 - Par AFP

Mali sur Seine : le festival de musique Africolor


Paris - Créations, rencontres, échanges... En région parisienne, le festival Africolor s'emploie depuis 30 ans à tisser des liens durables entre musiciens de France et d'Afrique, plus particulièrement du Mali.


"La culture des musiques du continent africain est entrée dans la conscience et la tête des musiciens d'ici", dit Philippe Conrath, l'inventeur en 1989 d'un festival qui, de trois soirées dans un seul lieu la première année, est passé à 27 soirées à Paris et 19 villes de la région cette année (jusqu'au 24 décembre).

Le succès immédiat d'Africolor a dès le départ attisé la curiosité de musiciens français formés au jazz, au classique ou à la musique contemporaine, désireux de comprendre ces musiques de tradition orale.

Afin de les satisfaire, Philippe Conrath a monté de plus en plus de créations entre eux et les musiciens du continent. Cette tendance s'est amplifiée sous la nouvelle direction de Sébastien Lagrave, qui lui a succédé en 2012.

"Pour 2019, sur un budget de 140.000 euros, 85.000, soit plus de 60%, sont consacrés aux créations (répétitions + concerts)", déclare celui-ci.

Eve Risser, qui fut pianiste de l'Orchestre National de jazz (ONJ) de Daniel Yvinec au début de la décennie avant de monter ses propres formations, et Pierre Durand, guitariste de l'actuel ONJ, sont parmi ceux qui ont bénéficié des moyens mis à leur disposition par Africolor pour monter tranquillement leurs projets.

"J'ai eu la chance d'aller pour la première fois au Mali avec Sébastien Lagrave, qui m'a fait bénéficier de ses connaissances et de ses contacts là-bas", rappelle Eve Risser qui s'est tournée vers ces musiques traditionnelles parce que "ça peut parfois guérir d'être proche de son corps dans une société trop cérébrale".

La pianiste est partie une semaine à Bamako pour peaufiner avec la chanteuse griote Naïny Diabaté leur duo qui s'est produit jeudi aux Lilas.

L'an dernier, elle y avait effectué deux autres séjours pour monter "Kogoba Basigui", un autre programme présenté déjà dans le cadre d'Africolor, fruit d'une collaboration entre le Red Desert Orchestra, une de ses formations, et le Kaladjula Band, un groupe de femmes maliennes.

Pierre Durand lui, a été repéré par le festival pour son travail d'improvisation autour du blues.

"Je me suis intéressé aux racines africaines parce que je viens du blues et que par des musiciens comme John Lee Hooker ou Lightnin' hopkins on est forcément amené à découvrir la musique ouest-africaine", raconte-t-il.

"L'Afrique de l'ouest, c'est une façon différente de jouer et penser la musique, qui permet d'aller vers de nouveaux horizons", poursuit le musicien. Il a, en France cette fois, élaboré cette année avec le guitariste burkinabè de Bamako Yacouba Koné, un hommage au joueur de n'goni Moriba Koita, aujourd'hui décédé.

Comme Ever Risser, Pierre Durand n'en est pas à son galop d'essai à Africolor, où il avait interprété avec d'autres musiciens "Un Jour de blues à Bamako" en 2016.

Car une autre particularité du festival est de fidéliser ses artistes.

Sébastien Lagrave prend l'exemple de l'Orchestre du Grand Bamako, monté spécialement pour animer la soirée de Noël le 24 décembre à Montreuil: "Tous les musiciens - Maliens pour la plupart - de l'Orchestre jouent dans Africolor depuis vingt ans et on fait des créations tous les ans avec eux".

Africolor peut aussi contribuer à l'installation de certains de ces musiciens maliens sur le territoire français.

"On a fait en sorte que pas mal d'artistes, notamment maliens, aient des fiches de salaires et puissent justifier d'une ancienneté et d'assez d'engagements sur le territoire pour à un moment donné demander des titres de séjour et s'installer", confirme le patron d'un festival qui mène par ailleurs des projets de coopération en Afrique.

"On mène depuis 2013 des projets de coopération avec le Mali, avec cette année des formations musicales à Bamako, en partenariat avec le Blomba Culture, un espace culturel local, pour former une nouvelle génération", révèle Sébastien Lagrave.





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