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Maroc-Afrique
Le Jeudi 10 Octobre 2019 - Par MAP - ​Mohammed Saad BOUYAFRI

Les enfants de parents condamnés à la mort, victimes invisibles de la peine capitale


Rabat - Alors que le débat sur la peine de mort atteint son paroxysme dans plusieurs pays du monde, la Coalition mondiale contre la peine de mort braque les projecteurs sur des victimes souvent oubliés de cette sentence : les enfants dont les parents ont été condamnés.


Jeudi, comme chaque 10 octobre depuis 2003, aura lieu la journée mondiale contre la peine de mort, l'occasion pour la Coalition d’attirer l’attention du monde sur les enfants de parents condamnés ou exécutés, une catégorie dont on parle peu, mais qui traîne pourtant un traumatisme émotionnel qui l'empêche, parfois, de mener une vie normal.

Le traumatisme est quasi inévitable pour la grande majorité de ces enfants, naturellement vulnérables compte tenu de leur jeune âge, mais aussi du fait que ce choc les guette à plus d’une étape.

En effet, l’enfant vit plusieurs ascenseurs émotionnels, enchaînant espoir et désespoir, durant les différentes phases allant de l’arrestation à l’exécution d’un parent, en passant par la délicate étape du couloir de la mort.

Les cycles d'espoir et de déception vécus tour à tour tout au long des procédures, couplés à la nécessité de se préparer au pire, finissent par être éprouvants sur le plan émotionnel.

Le supplice vécu par l’enfant d’un condamné peut être intenable et avoir des répercussions jusqu'à l’âge adulte. À long terme, de graves problèmes de santé mentale peuvent survenir, notamment un syndrome de stress post-traumatique et divers dépendances aux drogues et aux stupéfiants.

Selon les chiffres énoncés par la Coalition, 106 pays ont aboli la peine de mort à travers le monde pour tous les crimes, 8 pays ont aboli la peine de mort pour les crimes ordinaires, 56 pays sont rétentionnistes et 28 pays sont abolitionnistes en pratique.

De fait, le Maroc a inscrit dans l’article 20 de la Constitution de 2011 le droit à la vie et adopte une stratégie de non-application de la peine de mort depuis 1993. Il s'agit de trouver un juste-milieu entre la protection du droit à la vie et le maintien de l’ordre public. D'où la nécessité d'ouvrir un débat rationnel et serein.

C’est d’ailleurs un appel que le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a lancé depuis plusieurs années dans la perspective de faire le point sur la question.

La question de l’abolition ne cesse de susciter des positions contradictoires au sein de la société, notamment quand il s’agit de certains crimes atroces qui ne manquent pas, à leur tour, d’impacter négativement la vie des proches de la victime.

Cette année, la 17è Journée mondiale coïncide avec le 30è anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 20 novembre 1989 et ratifiée par la quasi-totalité des États du monde.

Cette convention garantit, entre autres, le droit de tous les enfants et consacre "l'intérêt supérieur de l'enfant" comme un élément primordial à prendre en considération, notamment dans les "tribunaux" selon le premier alinéa de son article 3.

Militer pour l’arrêt du cycle de violence et l'abolition de cette peine requiert de donner la parole aux enfants de condamnés, tout en offrant un modèle alternatif de sanctions capable d’assurer l’équilibre de la société et le maintien de l’ordre public.





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