MAfrique : Bulletin de Veille Maroco-africaine
Bulletin Maroc Afrique

16 Mai 2020 - AFP

Les Abidjanais fêtent doucement la réouverture de leurs célèbres "maquis"


Abidjan - Les Abidjanais étaient de retour vendredi soir dans leurs chers "maquis", ces bars-restaurants populaires emblématiques de la capitale économique ivoirienne, rouverts après presque deux mois de fermeture pour cause de coronavirus, mais l'affluence restait modérée.


"Je suis trop contente ! On se défoule, on se relaxe, on en avait besoin !" s'exclame Estelle Lebehi, une cliente du maquis Chez Gnawa, un vaste établissement de Yopougon, la grande commune populaire d'Abidjan, coeur battant de sa vie nocturne réputée.

Cette jeune conseillère de clientèle est sortie "entre filles" avec une demi-douzaine d'amies. A leur table, une bassine remplie de bières fraîches.

Mais malgré le DJ au taquet et la musique à fond, l'ambiance était beaucoup plus calme que d'habitude, c'est-à-dire avant la crise du coronavirus qui a conduit l'Etat ivoirien à décréter un couvre-feu et fermer tous les maquis à la mi-mars.

Le gouvernement estimant l'épidémie contenue - 2.017 cas dont 24 décès vendredi - il a finalement levé les mesures de restriction.

On comptait une centaine de clients seulement chez Gnawa, alors que ce grand établissement semi-couvert peut en accueillir jusqu'à 700.

"On a encore peur de la maladie", confie Hymia Solange Ouattara, à la tablée des filles.

Pour rouvrir, ce maquis a espacé ses tables de deux mètres et placé des bidons d'eau et du savon pour que les clients puissent se laver les mains.

"Le maquis c'est notre vie", explique Josue Gnawa, le patron de cette institution du quartier "Toits rouges" de Yopougon, et président de la Plate-forme des maquis, bars et restaurants de Côte d'Ivoire (PMBR-CI), un nouveau syndicat professionnel lancé pour faire face aux conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire dans la profession.

M. Gnawa a réduit de 70% la capacité de son établissement pour respecter les mesures barrières contre le virus. "On est obligé de faire des sacrifices. Un peu d'activité est mieux que zéro, ça permet de faire vivre l'entreprise", dit-il.

D'ordinaire, son maquis compte une cinquantaine d'employés pour servir à boire, auxquels s'ajoutent, installées dans des stands autour du maquis, un nombre équivalent de "braiseuses", des femmes qui préparent des grillades de viande et de poisson, ou des plats en sauce comme le kédjénou (sauce tomate pimentée), accompagnés d'attiéké (semoule de manioc), pour nourrir les clients.

Car les maquis représentent un secteur économique capital en Côte d'Ivoire. On en compte 45.000 à Abidjan et 200.000 dans tout le pays, selon le ministère du Tourisme, qui chiffre leur activité à 15% du produit intérieur brut (PIB).

Le nombre d'emplois générés est inconnu car la majeure partie de ces commerces sont "informels" (non-déclarés) mais évidemment très élevé.

"Les dégâts économiques de la fermeture ont été énormes", estime Josue Gnawa.

L'Etat a annoncé la création de fonds de soutien aux petites et moyennes entreprises et au secteur informel, respectivement dotés de 150 et 100 milliards de francs CFA (225 et 150 millions d'euros) mais les patrons de maquis n'ont rien touché jusqu'à présent, selon la PMBR-CI.

"Il n'y a pas autant de monde (qu'avant), mais je suis contente de retrouver mes clients, l'ambiance", se réjouit Emilienne Kouadio, patronne du petit maquis After Work, dans le quartier de la Rue Princesse, un haut lieu des nuits de "Yop".

"Les clients observent ce qui va se passer avant de revenir", pense-t-elle.

Le ramadan contribue aussi à limiter la clientèle, beaucoup de musulmans restant en famille à la maison.

"Ca fait du bien de sortir, ça nous déstresse", parce que "les problèmes à la maison, le manque d'argent, la peur du lendemain ça nous stresse", raconte à l'AFP Yves Roland Seri, un agent d'assurance quadragénaire venu avec des collègues.

Mais lui aussi a "toujours peur du coronavirus", et montre les tables alentour dans la rue où sont alignés les maquis: l'espacement des tables n'est pas respecté, personne ne porte de "cache-nez", comme on appelle les masques en Côte d'Ivoire. Sauf quand des policiers arrivent pour un contrôle...

En face de l'After Work, Mireille Mey a rouvert avec ses deux filles son petit stand de grillades. Des saucisses de boeuf rissolent sur les braises. Elle cuisine aussi des frites et des "allocos", rondelles de banane plantain frites.

"Ca marche un peu, un peu... Mais ça va revenir !" lance-t-elle avec un sourire optimiste.


Tags : Abidjanais



              


Twitter
Facebook
Newsletter
Rss