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Le Jeudi 17 Octobre 2019 - Par AFP

De Pouchkine à kalachnikov: un point sur les liens russo-africains


Moscou - La Russie n'a certes pas été une puissance coloniale, mais des liens réels l'unissent à l'Afrique. A l'heure où Vladimir Poutine organise un premier sommet russo-africain, tour d'horizon de ces relations qui virent naître Pouchkine.


Adulé dans son pays, Alexandre Pouchkine (1799-1837) est le poète qui a donné ses lettres de noblesse à la langue et la littérature russes.

Peu le savent, mais l'écrivain avait un arrière-grand père africain: Abraham Hannibal (1696-1781), né près du lac Tchad et vendu, enfant, comme esclave aux Russes. Remarqué et affranchi par Pierre Ier, qui lui offrit la meilleure des éducations, il deviendra un proche du tsar et même le général en chef de l'armée impériale.

L'auteur d'"Eugène Onéguine" consacra un livre, resté inachevé, au destin de son bisaïeul, "Le Nègre de Pierre le Grand".

Parmi les pays africains suscitant l'intérêt russe, l'Ethiopie figure en bonne place. Ce géant de 100 millions d'habitants dispose d'une économie en plein boom (9,2% de croissance attendue en 2019) et d'un passé communiste. Et les deux pays ont aussi des Eglises cousines.

Constituée dès le IVe siècle, l'Eglise éthiopienne Tewahedo, rattachée à la famille des Eglises orthodoxes orientales, est l'une des plus anciennes du monde et rassemble près de 40% de la population.

Moscou, où l'Eglise orthodoxe a regagné en influence depuis la chute de l'URSS, veut capitaliser sur cette proximité. Lors de son voyage en 2018, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, s'était entretenu avec le patriarche d'Ethiopie, Abuna Mathias.

Pays d'Afrique australe baigné par l'océan Indien, le Mozambique a acquis son indépendance en 1975, après un long combat contre le colonisateur portugais.

Adopté quelques années plus tard, le drapeau du pays symbolise cette lutte: un fusil d'assaut russe AK-47 l'orne, un cas unique au monde. Selon la Constitution du Mozambique, l'arme représente "la résistance au colonialisme et la souveraineté nationale".

La kalachnikov, que l'on retrouve dans presque tous les conflits du monde depuis les années 1950, est un double symbole russe: celui du rôle de l'URSS dans la décolonisation et celui des ventes d'armes, qui représentent encore aujourd'hui une part écrasante des échanges commerciaux entre l'Afrique et la Russie.

Le Sud-Africain Thabo Mbeki, l'Angolais José Eduardo dos Santos... Voici quelques-uns des dirigeants africains formés dans l'université moscovite Patrice-Lumumba, rebaptisée Université russe de l'amitié des peuples après la chute de l'URSS.

Depuis son ouverture en 1961, elle est un symbole de la coopération russo-africaine, formant quelque 20.000 étudiants appelés à devenir des cadres de premier plan dans leur patrie.

Cette influence est en large baisse depuis la chute de l'URSS, mais l'Université s'est relancée ces dernières années, avec 49 accords inter-universitaires pour faire face aux concurrents chinois, saoudiens et français.

S'il est une époque où Moscou a pris pied en Afrique, c'est bien celle-ci: de 1945 à 1975, l'URSS a joué un rôle essentiel dans la décolonisation de nombreux pays africains, apportant un soutien militaire et financier aux mouvements indépendantistes au nom de la lutte contre l'impérialisme capitaliste.

Très naturellement, plusieurs pays nouvellement indépendants basculèrent dans le camp socialiste et par milliers, les conseillers militaires soviétiques se dispersèrent à travers le continent. Plus tard, en Angola et au Mozambique, URSS et bloc occidental s'affrontèrent en soutenant différents camps lors de guerres civiles.

Difficile d'aborder les relations Russie-Afrique sans évoquer le racisme.

Si les attaques y visent le plus souvent les Caucasiens et ressortissants de pays d'Asie centrale, Noirs et Arabes ont aussi essuyé leur lot d'agressions, en particulier durant la décennie 2000-2010, quand les étudiants africains disaient craindre de quitter leurs résidences.

Ces dernières années, les autorités se sont cependant attaquées plus sérieusement au problème, visant notamment les supporters de foot suprémacistes blancs et infligeant de lourdes condamnations aux auteurs de crimes racistes.

Depuis janvier, cinq personnes ont été tuées et 31 blessées en Russie lors d'agressions racistes, relevait début octobre le centre "Sova", spécialisé dans l'étude de la xénophobie.


Topics : Russie



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